Bon, je sais bien que je ne suis pas l’ambassadeur de France en Italie, magari, mais quand même, je ne peux pas m’empêcher de me fendre de mon petit bulletin diplomatique.
Car ça ne reluit pas vraiment de l’autre côté des Alpes. Bon sang, j’aurais mieux fait d’être mordu par l’Espagne, ou le Canada, ou je ne sais pas quelle autre cocagnerie. Mais non, il a fallu que ce soit l’Italie !
D’abord, Berlusconi est revenu. Dire qu’il y a peu, j’évoquais ici même son départ. Alors oui, en France on se renverse en arrière, on ricane de très haut, on s’interroge. L’autre jour, aux Grosses Têtes des journalistes chez Pascale Clark, je voyais une journaliste de Marianne mimer quasiment l’évanouissement en répétant : “je ne comprends pas, je ne comprends pas !”. C’est cela qui m’inquiète encore plus que le retour de Berlusconi : qu’il y ait tant de gens qui se bornent à dire “je ne comprends pas”. Au passage, il me semble que depuis 2002, beaucoup de journalistes tiltent dès qu’il s’agit de comprendre pourquoi les peuples ne votent décidément pas pour leur Jospin local. Bref.
Non seulement je ne suis pas vraiment surpris que Berlu soit revenu, mais encore je me dis : ça pourrait être bientôt pire ! Les Italiens ne sont pas moins fiers que les autres peuples, cependant que leur pays perd peu à peu de son dynamisme économique, démographique, diplomatique. Il y a quelques mois, la grande affaire de la Péninsule était de savoir si l’Espagne l’avait dépassée dans le classement des puissances mondiales, comme celle-ci l’affirmait. Un camouflet pour l’un des grands pays fondateurs de l’Union européenne, rattrapée par l’Espagne qu’on comparait encore au Tiers monde au début des années 80.
La gérontocratie au pouvoir depuis des années ne parvient plus qu’à rabâcher des sermons de petits vieux, des déclarations d’intentions le plus souvent téléguidées par l’Eglise, même très profondément dans les rangs de la gauche, ou d’autres acteurs économiques.
Résultat, Naples se transformait en décharge pendant que plusieurs gouvernements sclérosés d’ailleurs par le jeu des coalitions et des dessous de table ne parvenaient pas à prendre une seule décision.
Il y a quelques années, pendant le gouvernement Berlu II, une vieille près de Naples me disait son soutien au Cavaliere qui envoyait des troupes en Irak aux côtés de celles de Bush, “parce que Berlusconi redonnait du prestige à l’Italie, la replaçait sur la scène internationale.” Ma première pensée fut : “n’importe quoi”, mais finalement il y a sans doute de cela derrière ces appels successifs à ce mec riche et bronzé qui dit : suivez moi ! Je vais faire renaître l’Italie ! Et c’est pour cela aussi que je me dis que ça pourrait être pire.
En ce moment, l’espèce de haine officiellement autorisée envers les Roms est d’ailleurs assez inquiétante. En dépit des faits divers impliquant des roms qui ont défrayé la chronique, la récupération politique, tous horizons confondus, et la stigmatisation nationale de ces Roms a quelque chose d’effrayant. Il y a quelques jours, je lisais même sur un site gay italien un article consacré aux agressions homophobes commises par les roms. 70% des lecteurs se disaient d’accord avec les expulsions effectuées par la police. En France, on l’aurait peut-être pensé, mais je ne suis pas sûr qu’on l’aurait dit avec la même bonne conscience. Quant à certaines émissions qui passent le dimanche après-midi sur Canale 5, elles feraient passer “Le droit de savoir” de TF1 pour un dessin animé.
En parlant de gaytitude, l’Italie reste l’un des pays les plus incroyablement coincés en la matière. Pour le coup, l’Espagne a pris là aussi une belle longueur d’avance, et beaucoup de copines italiennes vénèrent Zapatero comme le modèle de gouvernant gay friendly en terre méditerranéenne et catholique. Et pourtant, la ministre berlusconienne de l’égalité des chances (”pari opportunità”), Mara Carfagna (ex-miss Italie…),
a fait des déclarations au Corriere qui m’ont collé sur le cul : pour justifier son refus de subventionner la Gay pride romaine, elle explique : “je crois que l’homosexualité n’est plus un problème. Au moins autant que veulent le faire croire les organisateurs de ces manifestations. Le temps où les homosexuels étaient déclarés malades mentaux est révolu. Aujourd’hui, l’intégration dans la société existe.” Mouais, c’est sûr, tous les homos font semblant d’être hétéros. C’est beau l’intégration ! Mais il y a mieux. Elle poursuit : “Mes amis homosexuels ne me dépeignent pas une réalité aussi sombre pour les homosexuels dans notre pays. ” Ah j’aimerais bien connaître les amis gays de Mara Carfagna ! S’ils sont ambassadeurs ou industriels, je veux bien croire qu’ils ne dépeignent pas la même réalité que ces geignards de pédés qui veulent défiler sur des chars ! Non mais je rêve !
Bref, tout ça marche un peu sur la tête, et pourrait devenir inquiétant. Alors, décidément, quand je vois Berlusconi remonter sur le trône, je me dis : pourvu que ce ne soit jamais pire.
Et pourquoi je parle de ça ? Parce qu’il n’y a pas que le prince des collines (qui m’a rappelé hier) dans la vie, coco !