Archive pour la catégorie ‘Italia mia’

Bien obligé

Dimanche 30 novembre 2008

Quand même, il y a des fondamentaux sur ce blog. Alors quand je tombe nez à nez avec cinq types en slip quand je m’engouffre dans le métro, et quand une petit légende m’indique que ce sont des rugbymen italiens, c’est comme une mission de service public : je sais qu’il me faut les placarder ici, même si c’est déjà fait partout.

Donc voilà, on a ça :

Et ça.

Et comme ici, mine de rien, on fait dans l’informatif, je donne leurs noms : Sergio Parisse, Denis Dallan, Ezio Galon, Andrea Masi e Gonzalo Canale.

Bon à choisir, je jetterais bien mon dévolu sur le Gonzalo (à droite sur la première, à gauche sur la seconde), mais la photo fait quand même bien les choses…

Faille géographique

Mercredi 22 octobre 2008

Je sors tranquillement du bureau pour rejoindre ma station vélib. En passant devant le bar qui fait l’angle, une affichette me fait un drôle d’effet. Je connais cette tête, mais c’est curieux de la voir là. Euh, une seconde. On est où là ? A Rome, à Naples, à Florence ?

Vu le temps pourri, on est bien à Paris. Alors qu’est-ce que la tête de Jovanotti fout là ?

En concert à l’Elysée-Montmartre… C’est marrant ça, je me demande bien quel genre de public parisien peut aller à ce genre de concert. En tout cas, il risque d’y avoir de l’Italien au mètre carré…

Fuoco, acqua, elettricità…

Mardi 19 août 2008

Une chose que j’aime bien, lorsque je vais en Italie : retrouver au grand jour, au grand air, toutes les petites choses découvertes chez moi, et connues dans l’intimité étroite de mon petit appartement.

Par exemple, la varièt’ italienne. Chez moi, je jette de temps en temps une oreille curieuse sur Internet pour savoir ce qui se fredonne de l’autre côté des Alpes. Par exemple, depuis quelques mois, j’ai jeté mon dévolu sur Jovanotti, dont je connais pas mal de titres à force de les chanter sous la douche.

Et, ce soir-là, alors que nous roulions fenêtres ouvertes vers le centre de Portovenere, j’entends au loin la voix hésitante d’un chanteur de bal, qui reprenait, pour la petite assemblée réunie sous des spots crus, le fameux « A te », de Jovanotti, ballade sucrée et rauque qui a fait fondre les Italiens ces derniers mois. Et bien sûr, les paroles me sont venues aux lèvres, comme nous viennent mécaniquement celles de n’importe quelles chansons de Balavoine entendues dans un rade pourri ou au supermarché.

Mais dans la voiture, j’étais le seul à qui cette musique disait tant de choses, puisque je l’avais écoutée en boucle à un moment bien précis de ma vie, il y a quelques semaines. C’est tout un petit bout de film de ma vie et sa bande originale, connu de moi seul, qui résonnait là, si fort, au grand air, époumoné par un chanteur de charme dans ce coin de la Baie des poètes. J’aime bien ça, cette sensation de dépossession.

Portovenere
Mais c’est un peu même chose quand j’entends Tiromancino dans une station service, ou Modà dans un supermarché.

Ou encore quand dans la voiture, à l’écoute de Radio Italia, nous tombons encore et encore sur le dernier morceau de Jovanotti, tube de l’été dont je confie quelques bribes de texte à mes covoituriers afin que l’on puisse s’époumoner et en faire un peu la chanson de ces vacances… Attention, à 2′53 : “Fuoco, acqua, elettricità !”

Magnæ spes altera Romæ

Mercredi 21 mai 2008

Bon, je sais bien que je ne suis pas l’ambassadeur de France en Italie, magari, mais quand même, je ne peux pas m’empêcher de me fendre de mon petit bulletin diplomatique.

Car ça ne reluit pas vraiment de l’autre côté des Alpes. Bon sang, j’aurais mieux fait d’être mordu par l’Espagne, ou le Canada, ou je ne sais pas quelle autre cocagnerie. Mais non, il a fallu que ce soit l’Italie !

D’abord, Berlusconi est revenu. Dire qu’il y a peu, j’évoquais ici même son départ. Alors oui, en France on se renverse en arrière, on ricane de très haut, on s’interroge. L’autre jour, aux Grosses Têtes des journalistes chez Pascale Clark, je voyais une journaliste de Marianne mimer quasiment l’évanouissement en répétant : “je ne comprends pas, je ne comprends pas !”. C’est cela qui m’inquiète encore plus que le retour de Berlusconi : qu’il y ait tant de gens qui se bornent à dire “je ne comprends pas”. Au passage, il me semble que depuis 2002, beaucoup de journalistes tiltent dès qu’il s’agit de comprendre pourquoi les peuples ne votent décidément pas pour leur Jospin local. Bref.

Non seulement je ne suis pas vraiment surpris que Berlu soit revenu, mais encore je me dis : ça pourrait être bientôt pire ! Les Italiens ne sont pas moins fiers que les autres peuples, cependant que leur pays perd peu à peu de son dynamisme économique, démographique, diplomatique. Il y a quelques mois, la grande affaire de la Péninsule était de savoir si l’Espagne l’avait dépassée dans le classement des puissances mondiales, comme celle-ci l’affirmait. Un camouflet pour l’un des grands pays fondateurs de l’Union européenne, rattrapée par l’Espagne qu’on comparait encore au Tiers monde au début des années 80.

La gérontocratie au pouvoir depuis des années ne parvient plus qu’à rabâcher des sermons de petits vieux, des déclarations d’intentions le plus souvent téléguidées par l’Eglise, même très profondément dans les rangs de la gauche, ou d’autres acteurs économiques.

Résultat, Naples se transformait en décharge pendant que plusieurs gouvernements sclérosés d’ailleurs par le jeu des coalitions et des dessous de table ne parvenaient pas à prendre une seule décision.

Il y a quelques années, pendant le gouvernement Berlu II, une vieille près de Naples me disait son soutien au Cavaliere qui envoyait des troupes en Irak aux côtés de celles de Bush, “parce que Berlusconi redonnait du prestige à l’Italie, la replaçait sur la scène internationale.” Ma première pensée fut : “n’importe quoi”, mais finalement il y a sans doute de cela derrière ces appels successifs à ce mec riche et bronzé qui dit : suivez moi ! Je vais faire renaître l’Italie ! Et c’est pour cela aussi que je me dis que ça pourrait être pire.

En ce moment, l’espèce de haine officiellement autorisée envers les Roms est d’ailleurs assez inquiétante. En dépit des faits divers impliquant des roms qui ont défrayé la chronique, la récupération politique, tous horizons confondus, et la stigmatisation nationale de ces Roms a quelque chose d’effrayant. Il y a quelques jours, je lisais même sur un site gay italien un article consacré aux agressions homophobes commises par les roms. 70% des lecteurs se disaient d’accord avec les expulsions effectuées par la police. En France, on l’aurait peut-être pensé, mais je ne suis pas sûr qu’on l’aurait dit avec la même bonne conscience. Quant à certaines émissions qui passent le dimanche après-midi sur Canale 5, elles feraient passer “Le droit de savoir” de TF1 pour un dessin animé.

En parlant de gaytitude, l’Italie reste l’un des pays les plus incroyablement coincés en la matière. Pour le coup, l’Espagne a pris là aussi une belle longueur d’avance, et beaucoup de copines italiennes vénèrent Zapatero comme le modèle de gouvernant gay friendly en terre méditerranéenne et catholique. Et pourtant, la ministre berlusconienne de l’égalité des chances (”pari opportunità”), Mara Carfagna (ex-miss Italie…), Carfagnaa fait des déclarations au Corriere qui m’ont collé sur le cul : pour justifier son refus de subventionner la Gay pride romaine, elle explique : “je crois que l’homosexualité n’est plus un problème. Au moins autant que veulent le faire croire les organisateurs de ces manifestations. Le temps où les homosexuels étaient déclarés malades mentaux est révolu. Aujourd’hui, l’intégration dans la société existe.” Mouais, c’est sûr, tous les homos font semblant d’être hétéros. C’est beau l’intégration ! Mais il y a mieux. Elle poursuit : “Mes amis homosexuels ne me dépeignent pas une réalité aussi sombre pour les homosexuels dans notre pays. ” Ah j’aimerais bien connaître les amis gays de Mara Carfagna ! S’ils sont ambassadeurs ou industriels, je veux bien croire qu’ils ne dépeignent pas la même réalité que ces geignards de pédés qui veulent défiler sur des chars ! Non mais je rêve !

Bref, tout ça marche un peu sur la tête, et pourrait devenir inquiétant. Alors, décidément, quand je vois Berlusconi remonter sur le trône, je me dis : pourvu que ce ne soit jamais pire.

Et pourquoi je parle de ça ? Parce qu’il n’y a pas que le prince des collines (qui m’a rappelé hier) dans la vie, coco !

Ciao Roma…

Dimanche 23 juillet 2006

gianicolo
Ci vediamo ?oh la la… Pas du tout envie de retourner au taf demain…PS : c’est bon, j’ai pu entrer à Saint-Pierre !

Italia s’è desta

Dimanche 9 avril 2006

Rien à voir, mais note pour plus tard : au Parc Monceau, ne pas s’écouter Your disco needs you de Kylie à fond pour se donner du courage et faire un dernier tour en sprintant à toute vitesse : risque de semi-syncope et en tout cas grosse et inquiétante nausée… :?

Bon : ok les ritaux, c’est maintenant que ça se passe. Ça fait cinq ans que je tente d’expliquer que “c’est plus compliqué que cela” à tout ceux qui me disent que vous n’êtes que des guignols qui votez pour celui qui a la plus grosse gourmette, alors maintenant va falloir montrer que vous aviez juste besoin de vous faire peur, que c’était le dernier soubresaut légitime de vos illusions, le dernier hoquet de vos divergences sociétales, mais que désormais vous souhaitez passer aux choses sérieuses, même si ça promet d’être moins glitter.

On ramasse les copies demain et on regarde ce que ça donne à 15 heures, si j’ai bien compris. Les résultats seront ici.

Pour illustrer ce post spécial Italie, et dans un soucis purement informatif, je relaie la nouvelle campagne de pub pour les mutande de chez Dolce & Gabbana, qui ont fait appel à quelques footeux italiens pour servir de modèles. Je ne trippe pas spécialement sur les calciatori, mais ils ont semble-t-il laissé tomber la mode immonde des cheveux mi-longs avec serre-tête (sauf un qu’ils ont un peu caché au fond des photos), et c’est quand même bien mieux comme ça. Comme quoi, ils sont sur la bonne voie.

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Italia mia (fin)

Vendredi 17 mars 2006


Calcio
Lu dans un petit bouquin intéressant, que l’on m’a offert (mon goût pour l’Italie est une aubaine pour tout ceux qui ont un cadeau à me faire) :

«Il y a donc dans les clichés et dans les pulsions qui commandent le rapport à l’Italie, quelque chose qui dépasse le conjoncturel, et qui tient autant, sinon plus, au sujet regardant qu’à l’objet regardé. On peut hasarder l’hypothèse qu’il existe en France (et en Europe), un «désir d’Italie», contradictoire, mais profond. Tout se passe comme si l’Italie accomplissait pour les imaginaires étrangers une sorte de fonction universelle, en étant le lieu rêvé du «principe de plaisir», du défoulement, du relâchement des normes, l’autre visage en somme du «principe de réalité» et de l’éthique du labeur. L’Italie, dans cette hypothèse, offre aux pays d’ordre et d’autorité d’Europe du Nord la réalisation d’un besoin fondamental de désordre et de désobéissance, sans laquelle il n’y a pas d’équilibre vital (c’est du moins ce que soutiennent les psychologues). Il y aurait ainsi, dans cette Italie «désirée», l’antidote idéal aux lois rigides du productivisme nordique : et ce, indépendamment, ou en tout cas au-delà, de ce qu’est en réalité la Péninsule.»
Marcelle Padovani, L’Italie des Italiens, Seuil

Il y a bien de cela, je crois. Et que ce désir d’Italie soit indépendant de ce qu’est en réalité la Péninsule, tu m’étonnes !

Il faudrait que j’achève cette petit saga, qui commença avec mon imagination enfantine, et finit sur ses cendres. Mais je suis un peu coincé, à présent. Lorsqu’il s’agissait de décrire ces quelques fuites imaginaires de l’autre côté des Alpes, ma mythologie personnelle concernant ce pays, c’était facile, car subjectif. A présent, si je voulais poursuivre le récit, il me faudrait tout naturellement parler de la réalité que j’ai trouvée là-bas, au cours des quelques voyages qui ont suivi le premier. Et là, ça devient plus rigoureux, je ne voudrais pas enfiler des poncifs, comme “oh la la, ils conduisent n’importe comment” ou “c’est vrai qu’ils ont de bonnes pizzas”.

Si je voulais rester dans le domaine du subjectif, il faudrait seulement que je dise à quel point ce pays ne correspondait effectivement pas à l’image que je m’en faisais. Comment dire ? Moins glamour, moins esthète. Beaucoup plus grave, d’ailleurs, malgré les grands gestes et les rires forts. Malgré la si vantée dolce vita, il y règne un sentiment d’infortune, dans tous les sens du terme. Et forcément plus d’inquiétude qu’il n’y paraît. Mais toujours cette nonchalance, désordonnée et drôle. Drôle de cet humour si particulier, si sonore et si tendre, à l’arrêt du bus qui n’arrive pas, devant le gardien du musée qui est parti on ne sait où, devant l’usine qui ferme ou la mort qui rode. Et toutes ces mises en scène se jouent sous le projecteur-poursuite du soleil qui n’appartient qu’à ce pays, et qui fait resplendir jusqu’à la dernière pierre.

Enfin, dois-je le dire, je n’y ai jamais vraiment croisé le bataillon sacré d’apollons aux dents blanches que je me figurais y trouver…

Mais peu importe. Ce pays était si différent, au final, que la découverte de cette réalité a renouvelé, je crois, ma curiosité, en la débarrassant de ses présupposés imaginaires. Je l’ai accepté et je continue de m’évader en gardant un oeil sur ce qui se passe là-bas. Lorsque les débats français m’épuisent d’être rabâchés, je lis le Corriere pour savoir de quoi on parle à Rome ou à Naples. Lorsque TF1 me désespère, je regarde la Rai Uno pour l’être davantage. Quand j’ai envie de connaître d’autres épisodes de l’Histoire, je lorgne au-dessus des Alpes. Et quand vient l’été, j’essaie de les franchir pour de bon.

Si j’y avais eu la moindre de mes origines, j’aurais pu dire que l’Italie était un second pays. Mais ce n’est pas vraiment cela. De tout ce que j’ai dit, il ressort autre chose : l’Italie devenue pour moi un pays en plus.

Italia mia (7)

Jeudi 5 janvier 2006

Napoli
L’aéroport, grand comme une gare routière. Les marchés dans les rues. Les clopes à côté des poissons, des fringues et des calamars dans des impasses perdues et très mystérieuses. Ces vendeurs qui ont tapé sur les portes cochères pour alerter la bande quand les carabiniers sont arrivés. Le bordel. La circulation autogérée où chacun fait ce qu’il veut à condition que ça passe. Et les piétons qui font de même. La vue magnifique lorsqu’on grimpe dans les hauts quartiers. Les gamins dans les rues. Le ciel de linge dans les ruelles. Les petits autels éclairés au néon flanqués sur les murs. Les églises. Les gens à genoux au fond du Duomo. Le sang liquéfié de San Gennaio. Les images pieuses de Padre pio. La goutte d’essence de café au fond des tasses. Les m’as-tu-vu de Salerne sur le corso Vittorio Emmanuelle. Les fresques vieillies de la vieille ville. Les erreurs drôlement fréquentes de certains commerçants qui nous rendaient la monnaie, encore en lires à l’époque. Le silence de Pompéi. Les sillons des chars, dans les rues pavées. L’école des gladiateurs où je me suis symboliquement battu avec A. Le réfectoire de la fac de Salerne. La pasta en entrée. Les pullmans de la SITA et leur chauffeur fou dans les virages ravinesques de la côte amalfitaine. Amalfi, perchée sur son rocher. La chaleur, le soleil et la mer en février. Le festival de Sanremo. Les pâtes, con le vongole. Et ce martini bu sur le lungomare.Puis à nouveau le petit aéroport. L’attente. Le vol. Paris. Le froid, la pluie. Encore quelques centaines de kilomètres à l’Est, histoire que février nous fasse bien comprendre qu’on allait pas lui échapper comme cela. Et quelques jours de déprime, le temps que le bleu marine du golfe de Naples s’efface complètement de ma rétine.

Je ne saurais plus très bien dire ce qui me reste de ce premier contact avec la Péninsule. Tout est allé si vite. et malgré, ou plutôt à cause de mes yeux grands ouverts, je n’ai gardé que ces impressions décousues. A mon retour en France, curieusement, c’est surtout ce souvenir de chaleur qui m’est resté, et de ce petit détail thermique j’ai conçu toute une idiosyncrasie enveloppante, douce, chaleureuse. Confronté à sa réalité, l’Italie m’a secoué, c’était prévisible, mais sans rudesse. Aussi, contrairement à d’autres désirs fantasmés depuis longtemps, elle me donnait envie de la courtiser encore, bien que je l’aie visitée déjà.

Italia mia (5)

Vendredi 9 décembre 2005


Itinéraire
Cette fois c’est parti. Nous sommes trois dans la 106 blanche, calés entre les sacs de couchage, les sac de voyages, les bières et les cartes routières. Il doit être à peu près 17 heures, ce qui ne fait qu’un retard d’une dizaine d’heures sur l’horaire prévu. Connaissant la nonchalance dont nous sommes capable de faire preuve, mes amis et moi, nous sommes plutôt fiers de nous. En route pour Salerne !Salerne, c’est près de Naples, au sud de l’Italie. Notre amie aux origines italiennes, toujours la même (appelons-la Chiara), y vit depuis quelques mois, en Erasmus, pour y connaître les joies de l’immersion. Dès que nous avions appris la nouvelle, nous lui avions promis de lui rendre viste dès que possible. Début février, alors qu’il fait triste et gris par chez nous et que la fac est en vacances, c’est le bon moment pour se dépayser. Alors nous partons. Nous avions dû prévoir une vingtaine d’heures pour aller là-bas. Ou même rien prévu du tout.A cette époque, le simple fait de nous retrouver en voiture et de voyager était un vrai bonheur. Avec des clopes, des bières et mes potes, papotant ou méditant, regardant le paysage défiler ou le nez dans les cartes, je serais allé au bout du monde. J’assume le côté roots de cet aveu.

C’est encore un plaisir aujourd’hui, du reste. Mais nous en avons moins l’occasion. Et puis nous sommes plus sages. Et puis je bois moins. Et puis je suis non fumeur depuis le 3 avril 2004. Et puis nous vieillissons, en somme.

Bref. Nous prenons la route. Au bout de celle-ci, l’Italie. La vraie, la physique, avec des hommes et des femmes qui vivent leur vie, sans se douter que j’arrive. Ils n’auront pas fait le ménage. Il ne se seront pas endimanchés pour nous recevoir. Ils ne feront pas de manières. Ce sera l’Italie comme elle est, et non pas comme je l’ai fantasmée depuis si longtemps. J’en ai conscience, je me prépare. Et pour autant, j’appréhende un peu l’arrivée. Je suis heureux que notre périple soit si poussif, et que la route me donne encore un sursis avant d’ouvrir les yeux sur la réalité, après tant d’années passées, les yeux fermés, à imaginer.

Et nous roulons. Depuis une petite heure. On est à Langres. Il doit nous rester encore 1200 bornes ! Le temps est vraiment pourri. Il pleut un peu, mais nous rions, nous sommes excités comme des gosses. On blague, on imagine. Et ce n’est pas la petite batterie rouge sur le tableau de bord qui va saper notre bonne humeur. Je m’enquière quand même de sa signification dans le livret du constructeur, pour ne pas mourir idiot. L’alternateur ? Bof, ça doit être l’humidité.

Puis un gros bruit de mécanique détraquée sous le capot. Il faut s’arrêter. Il pleut. On aime bien quand ça part en vrille comme cela, on se demande toujours comment on va s’en sortir. Effectivement la courroie de l’alternateur est en bouillie.

Alors on cherche une maison pour téléphoner. Ca se passait encore comme cela au XXème siècle. On appelle le numéro d’assistance. Puis on attend le dépanneur. «Oh la la, les jeunes, ça ne se change pas comme ça, une courroie !» Il faut ammener la voiture au garage. On monte dans la dépanneuse.

Enfin un taxi passe nous prendre au garage. Car la voiture doit y rester deux jours. Retour à la maison.

Il est 23 heures. Je suis chez moi. J’appelle Chiara, en Italie, je tombe sur une de ses colocs. Je baragouine en italien que la voiture est cassée, qu’elles ne nous attendent pas. Je suis incapable de faire une phrase, et de comprendre ce qu’elle me raconte. Après des années à apprendre le rital, je me dis que c’est quand même minable. Je me couche. Je m’endors.

A suivre…

Italia mia (4)

Jeudi 1 décembre 2005


Giornali
Lorsque j’évoque mes représentations imaginaires de l’Italie ou de ses habitants, toute la mythologie que je m’étais inventée lorsque j’étais adolescent, tous ces éléments rudimentaires qui entretenaient mon désir, j’essaie de comprendre pourquoi ces idées étaient si imparfaites, si imprécises.Mais, en réfléchissant un peu, la réponse est assez simple. Ce désir d’Italie est une histoire d’un autre temps, une histoire du siècle dernier. C’était au vingtième siècle, et il n’était pas évident, au vingtième siècle, de se représenter précisément un pays, un peuple, une histoire. Les seuls outils dont je disposais, dans ma cambrousse, étaient quelques livres, atlas ou encyclopédies dont les illustrations, de par leur rareté, devenaient des symboles. Quelques reportages, à la télévision, quelques films de Fellini, très tard le soir, lorsque je pouvais les voir. Eros Ramazzotti, et Umberto Tozzi, aussi. Ce n’étaient que ces perles, extraites ici et là dont je m’étais fait un collier très baroque, que je gardais au fond de mon esprit comme un scapulaire de dévot.Si j’étais né dix ou quinze ans plus tard, la Toile aurait tout changé. J’aurais pu regarder la Rai, écouter la musique locale, lire mille choses sur ce pays. En toucher réellement la culture, en effleurer concrètement la société. J’aurais pu mieux voir, et mieux comprendre tous les contrastes de ce petit monde, toutes ses facettes, afin de m’en faire une conception plus réaliste.

Souvent la réalité démystifie, elle ramène certains rêves à leur juste échelle et incite à passer à autre chose.

Le hasard a voulu — mais est-ce si regrettable ? — que je n’ eusse de l’Italie qu’une vision idéale et fantasmagorique qui s’est incrustée en moi comme une légende mystérieuse que l’on n’oublie pas.

Je dois reconnaître cependant que, toutes archaïques qu’elles fussent*, mes recherches ont fait un bond en avant lorsque je suis arrivé en fac. Parce qu’une bibliothèque universitaire est un peu plus riche qu’un CDI, d’abord, et parce que quelques cours m’ont permis d’aborder la question italienne sous des angles un peu détournés, à travers l’art notamment, mais bien plus sérieux !

Mon apprentissage de la langue a également progressé dans cette grande ville où j’ai pu bouquiner des petits livres en italien, et lire la presse nationale. Le Corriere ou la Repubblica ont été les premiers outils qui m’ont permis de mettre le doigt sur les côtés les plus concrets, les plus quotidiens de la Péninsule.

C’est en ces occasions sans doute que, pour la première fois, entre un dico et mes clopes, je me suis dit que l’Italie était un sacré bordel.

A suivre…

* et de deux !